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DIEU-PÈRE


La pratique évangélique de François d'Assise le situe devant Dieu comme devant un Père. Cette expérience spirituelle qui marque sa conversion déterminera, par la suite, sa façon d'être présent au monde, comme un frère, et elle influencera la pensée franciscaine de ses disciples.

François avant sa conversion Modifier

Ainsi, François appelait Dieu son Père, comme le font tous les chrétiens dans leur prière et dans leur commun langage... sans pour autant se sentir lié à Lui de façon particulière, se contentant d'une relation collective, en Église, avec un Dieu tantôt lointain et tantôt proche, mais qui ne semblait pas réclamer de lui François une réponse ou un engagement personnels. Dieu est notre Père parce qu'il nous a créés, parce qu'il aime tous les hommes, parce qu'il gouverne le monde par sa Providence, et parce que tout ce qui nous arrive peut lui être rapporté comme à l'ultime responsable. Quand tout se passe bien dans notre vie, nous aimons nous adresser à Dieu comme à Notre Père, de qui tout vient. Tel était vraisemblablement le sentiment de François d'Assise, avant sa conversion.

La découverte de la paternité de Dieu Modifier

Reconnaître Dieu pour son Père, avec qui s'établit une relation d'amour filial ne peut venir qu'à la suite d'une purification intérieure, une véritable conversion, telle que la vécut François. Il s'agissait, pour ce jeune homme épris de gloire militaire et avide de richesse et de bonheur, de reconnaître sa totale dépendance vis-a-vis de Dieu à qui il s'en remettrait pour sa vie et pour son avenir, dans une confiance absolue et une disponibilité définitive. Pour François, cette prise de conscience se fit dans la prière, dans la solitude et la méditation de l'Évangile. Mais lorsqu’il entrera en conflit avec son propre père, Pietro Bernardone, François va s'en remettre librement entre les mains de son Père des cieux. Dans ce processus, la citation à comparaître devant l'évêque Guido d'Assise apparaît comme l'occasion pour François de choisir son appartenance, et d'exprimer la reconnaissance de l'emprise de Dieu sur sa vie : Jusqu'ici je disais: mon père Pietro Bernardone, désormais je dirai Notre Père qui es aux cieux...(Légende des Trois Compagnons, 20).

Cette découverte fondamentale que Dieu est son propre Père, fait accéder François à l'expérience de la liberté des enfants de Dieu. Il n'a plus à se soucier de se conformer aux exigences du monde. Il se débarrasse des soucis des richesses à acquérir, de l'argent à amasser, de la considération attachée à sa position sociale. Libre, il se laisse guider par l'Esprit Saint qui le conduit par des chemins nouveaux. Après avoir quitté sa famille, sa cité, après s'être abandonné entre les mains du Père, il parcourt libre, la plaine d'Assise, il jette sur le monde un regard purifié, il se rassasie du spectacle de la création qu'il chante et dont il découvre la beauté et la générosité. De l'œuvre il remonte à l'Auteur et regarde Dieu comme un Père munificent qui a tout voulu et créé pour le bien de ses enfants. François se considère lui-même comme un fils de Roi qui, sans rien posséder lui- même, peut jouir de tous les dons que son Père lui a faits. La grandeur, la munificence, la libéralité du Père éclatent dans ses œuvres. François le contemple désormais comme « le Bien souverain, le Bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n'est aucun bien... » (Pater paraphrasé 2).


L'adoration et la révérence de Dieu Modifier

Dieu porte toujours un nom : il n'est ni la divinité abstraite ni la trinité anonyme. François nomme toujours les personnes divines, Père, Fils, Esprit Saint. La théologie trinitaire qui sera développée dans l'Ecole franciscaine aborde la foi trinitaire à partir des personnes avec lesquelles chacun peut entrer en relation d'intimité. La prière de François s'adresse de préférence au Père très saint, Père très bon. Car François est d'abord frappé par la grandeur et la transcendance de Dieu « que nul homme n'est digne de nommer » (Cantique de frère Soleil). En sa présence, il faut se taire, faire silence, ou au contraire accumuler les noms qui suggèrent sa grandeur et ses perfections. D'où l'importance et la fréquence des prières de forme litanique qui énumèrent les grandeurs du Père : « Tu es le seul saint, Seigneur Dieu, Toi qui fais des merveilles ! Tu es fort, tu es grand,Tu es le Très-haut, tu es Roi tout puissant,Toi, Père saint, roi du ciel et de la terre  ! ». Louanges de Dieu.

Parallèlement avec l'adoration du Père, en sa grandeur, en son mystère, en sa gloire, François chante sa miséricorde, sa mansuétude, sa proximité pour les humbles et les petits, sa bienveillance pour toutes créatures. « Tu es notre amour, Tu es notre grande douceur, Tu es notre vie éternelle » (Louanges de Dieu).

Dieu nous est connu comme Père par la révélation que nous a faite son propre Fils Jésus, que François appelle souvent « le Fils bien-aimé du Père », « le Seigneur de l'univers », « Dieu et Fils de Dieu », « le Très-haut Fils de Dieu ». Toutes expressions qui associent la gloire du Christ à celle de son Père. Mais c'est surtout en tant que Parole éternelle du Père, et Parole incarnée que le Christ nous révèle le Père qui est à l'origine de tout bien, c'est-à-dire à l'origine de la création et du Salut. C'est pourquoi la grande action de grâces de la Première Règle (ch. 23) énumère les grandes étapes de la création et de l'histoire du Salut.

L'École franciscaine héritera de cette vision unifiée de l'œuvre du Père, origine éternelle de la divinité, origine absolue du créé, initiateur du Salut. Les créatures sont contemplées dans leurs relations avec l'univers matériel, les êtres spirituels, dans leur rapport à la fin surnaturelle qui est la finalité de toute la création.


La fraternité des fils de Dieu Modifier

A partir du moment où François reconnaît dans le Christ le Fils de Dieu aimé du Père, qui nous reconduit à Lui, de nouveaux liens se tissent dans une fraternité universelle qui s'ordonne autour du propre Fils de Dieu : le Père de Jésus est aussi notre Père, Père de tous les hommes, Père de toutes les créatures. Le même mot de « frère » que nous donnons au Fils de Dieu, du fait de son Incarnation, convient désormais à tout être sorti de la main de Dieu, et plus spécialement à ceux que le Fils invite à se reconnaître comme des fils adoptifs. La fraternité universelle dit donc la commune origine, le commun amour productif et fécond qui pose tous les êtres dans l'existence et veut leur accomplissement et leur bonheur.

Cette affirmation de foi révélée ne sollicite pas seulement, chez François, une adhésion intellectuelle, mais tout autant une spiritualité mystique et affective. François acquiesce avec amour à la reconnaissance de chaque être dans sa relation particulière à Dieu, au Christ, aux hommes. De cette contemplation jaillit son cantique d'action de grâces, son admiration et sa joie. C'est ce même sentiment fraternel pour tous les hommes qui lui fait respecter chaque personne dans son itinéraire propre, dans son histoire particulière, même s'il sait que cette histoire inclut des faiblesses et des péchés. D'ailleurs son cœur déborde de compassion pour les pécheurs, puisqu'ils lui rappellent l'amour rédempteur du Christ.


La confiance filiale et la pauvreté Modifier

Venu du nouveau monde de la bourgeoisie marchande et d'une famille aisée, François en se donnant au Christ, et dès le premier instant, a choisi la pauvreté, avant même de songer à la vie religieuse, au sens institutionnel. Il a vite compris que l'aisance et l'avidité des riches engendraient un matérialisme et une soif de pouvoir contraires à l'Évangile. Son désir de suivre le Christ le conduisit tout naturellement à se dépouiller de ses biens et de ses attaches au monde ; comme le préconisaient d'ailleurs les groupements et les fraternités évangéliques de son temps. Mais le but poursuivi par François n'était pas d'abord économique ou social, mais proprement théologal. Il choisit une pauvreté personnelle, évangélique et mystique.

Au premier chef, I'imitation du Fils de Dieu qui, de riche qu'il était s'est fait pauvre en ce monde. Mais dans le même mouvement, une reconnaissance du souverain domaine du Père Créateur à qui seul appartiennent tous les biens. C'est pourquoi pour François, la pauvreté évangélique s'impose à ceux qui veulent suivre le Christ-pauvre, dans sa relation filiale au Père.

Nous dépassons ici, et de loin, un providentialisme un peu simplet qui considérerait que Dieu devrait toujours répondre à nos souhaits comme à nos besoins, fût-ce au prix de quelques miracles. Il s'agit au contraire d'une théologie du créé totalement fondée sur l'amour libéral de Dieu-Charité, Père, Fils, Esprit Saint, qui a tout créé et tout disposé par son Christ et pour son Christ, et qui attend des créatures spirituelles un partage libéral et généreux des biens destinés à tous.


Dieu-Père, (selon st Bonaventure) Modifier

Dans la révélation de la sainte Trinité, le Père est le nom propre de la première personne. Ce mot n’est donc pas univoque, quand on l’applique à la créature et au Créateur, mais nous ne pouvons le comprendre que par analogie avec notre expérience de la paternité d’ici-bas. Il désigne la propriété personnelle de la première personne, qui le distingue des deux autres personnes : « Chaque personne possède une propriété par laquelle elle est principalement connue… La propriété du Père est d’être innascible ou inengendré, d’être principe sans principe, et d’être Père..» (Breviloq.p.I, c.3, n. 6-7). - Innascible dit précisément que le Père n’a pas d’origine, ce qui le désigne déjà comme première personne de laquelle les deux autres tirent leur origine, car innascible dit, par le fait même, que la première personne est absolument première., « et c‘est là une noble position ». Par ailleurs, l’acte d’engendrer qui dit la priorité logique du géniteur, précède donc aussi la dénomination du Père : est père celui qui engendre ou a engendré. Sur ce point précis, qui peut apparaître secondaire, Bonaventure s’est opposé à Thomas d’Aquin qui affirme que la génération est le fait de celui qui est Père, c’est-à-dire de celui qui a la capacité d’engendrer. Avant l’acte, dit Thomas, celui qui agit doit être constitué tel. Chacune des positions a sa logique. Celle de Bonaventure privilégie l’aspect dynamique du processus trinitaire en soulignant que les Personnes n’existent que dans la mesure où elles sont en relation les unes aux autres, c’est l’aspect dynamique de la « circumincession ». Si l’on souligne, comme il le fait ailleurs que les processions sont un acte d’amour mutuel pour une communication parfaite et éternelle, l’amour trinitaire apparaît mieux comme la charité parfaite qu’est identiquement le Dieu-Trinité.

La notion d’innascibilité est la dernière raison à laquelle on peut réduire la^propriété de la première personne. La personne innascible, c’est l’être avant toute procession et toute production. Si par la Révélation nous apprenons qu’en Dieu il y a un Fils éternellement engendré, alors nous savons que Dieu-innascible, origine absolue, est la personne du Père. Autrement dit, la première personne constituée inchoativement par l’innascibilité et la primauté, s’achève dans la paternité. Il faut, bien entendu, corriger ce discours en excluant toute durée : il n’y a ni avant ni après dans l’éternité de Dieu, c’est pourquoi nous avons parlé d’antériorité logique.


La primauté Modifier

La primauté en Dieu s’entend absolument, car le Père n’est pas seulement premier par rapport aux personnes divines, mais par rapport à tout être concevable. Il est l’origine absolue en tout ordre de pensée. Même en Dieu, où il n’y a ni avant, ni après, il y a cependant un ordre d’origine selon lequel le Père est premier par rapport aux deux autres personnes qui pourtant lui sont coéternelles. Bonaventure adopte le point de vue du Pseudo-Denys pour qui le Père peut être appelé ‘source de la divinité‘ , ou divinité fontale, ou divinité jaillissante.

-Le Père quant à la génération

La génération ne nous est connue que par la désignation du Fils, dans les paroles de Jésus et dans la désignation de Dieu comme étant son propre Père. A partir de notre connaissance d’ici-bas, nous considérons la génération comme la communication éternelle que fait le Père, principe sans principe, de toute sa nature dans une procession « naturelle », puisqu’il appartient à un père d’engendrer un semblable à lui. « La sainte Ecriture déclare que Dieu a un Fils qu’il aime souverainement, le Verbe égal à lui, qu’il a engendré de toute éternité et dans lequel il a disposé toutes choses, par lequel il a produit toutes choses et les gouverne .» (I Sent. d.34, a. un. q..1, concl. (I, 587 b). La dénomination « Verbe » que le quatrième évangile applique au Fils éternel du Père dit bien que le Père, source de la divinité, comme un esprit intelligent conçoit et s’exprime dans une parole qui dit tout son être et tout son savoir, en plénitude, comme il convient à un être de parfaite simplicité. La conception éternelle du Verbe, qui dit la primauté du Père par rapport aux deux autres personnes dit aussi la primauté absolue par rapport à tous les êtres possibles, puisque toute la pensée du Père est exprimée dans le Verbe. Ce que le Père éternellement conçoit, pourra être réalisé « dans le temps ».

- Le Père, quant à la procession du Saint-Esprit

En tant qu’origine absolue, le Père est le principe de la procession de l’Esprit Saint, comme il est l’origine de la génération du Fils. L’Esprit Saint procède de l’amour du Père et du Fils, comme le lien qui les unit et achève la communication de la nature divine. Comme le Père communique au Fils tout son pouvoir, il lui communique aussi d’être principe de l’Esprit Saint, mais non pas comme principe absolu ou principe sans principe. Vis-à-vis de l’Esprit Saint, le Père est donc bien le principe absolu. Mais la tradition théologique des latins exprimera cette vérité en expliquant que l’Esprit Saint procède du Père et du Fils comme d’un seul principe. Il y a là une divergence historique assez vive entre les Latins et les Grecs qui jusqu’à ce jour refusent cette manière de voir. Bonaventure (I Sent. d.12, a.1, q.2 concl. (I, 222, a).précise que l’Esprit Saint procède principalement et immédiatement du Père, mais médiatement du Fils, ce qui n’introduit pas cependant une antériorité du Père, ni une perfection moindre dans la procession venant du Fils. Saint Basile ne disait-il pas : « Le Saint Esprit procède du Père par le Fils » ?.(Traité du St Esprit, 47 (PG 32, 153).

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